David Okone Stupa était un homme comblé. Comblé et heureux. Allongé sur un transat, il contemplait l’immense plage de sable fin et la mer turquoise qu’une légère brise faisait onduler, en dégustant un Jamambra tonic. Derrière lui, le formidable complexe hôtelier qu’il s’était fait construire d’après les plans du plus grand architecte vivant, Duncan Akira Lem, grouillait d’activité. Duncan se faisait appeler Senseï, c'est-à-dire maître, mot oublié d’une langue maintenant perdue et que l’on appelait le japanais, ou le japony … David n’avait jamais trop su.
Une centaine d’andro-touristes « Sun & Farniente » de cinquième génération, qui lui avait coûté aussi cher que la
moitié de l’hôtel, vaquaient à leurs occupations préprogrammées. Bain de mer, bain de soleil, jeux de plage et promenade. Il n’existait pas deux FS-5 identiques. C’est ce qui rendait leur prix
exorbitant, mais leur réalisme criant. Les enfants sortaient de l’eau avec la chair de poule et les adultes avaient une couleur de peau qui allait du blanc évier au cuir tanné en passant par le
homard thermidor. Leur pile à hydrogène leur donnait une autonomie quasi illimitée et quand David devait quitter son petit paradis, même pour plus d’une année standard, il les retrouvait sur
sa plage comme s’il était parti la veille. Cette fois-ci, il avait du s’absenter un peu plus de six mois et c’est avec délectation qu’il goûtait ce repos bien mérité. Il se dit qu’il
était peut-être temps de prendre une retraite bien méritée. Le soleil réchauffait son corps encore endolori du voyage. Il sourit en repensant à ses années de galère, quand ses rares moments de
repos se résumaient à fréquenter les bouges de Faumaheult.
Et puis il y avait eu Dariba 4,5 U. Une drôle de petite planète qui ressemblait aux holos de Terra Unica qu’il avait pu voir
lorsqu’il était gamin. David avait trouvé Dariba en explorant les archives de la Confédération Galactique. Elle avait été inventée trois siècles auparavant par une équipe d’exploration au moment
de la grande migration. Elle se situait à quatre unités astronomiques et demi de son étoile, se composait d’une atmosphère respirable et de trente pour cent de terres émergées qui étaient
principalement recouvertes de forêts et de montagnes. Un lieu parfait pour une colonisation. Le problème était qu’il n’y avait aucun animal vivant sur cette planète. Les mers étaient
désespérément vides et les terres vierges de toutes vie autres que végétales. Au bout de deux mois, les scientifiques convainquirent les militaires qu’une introduction de vie animale dans un tel
biotope prendrait trop de temps, avec un pourcentage de réussite trop faible pour l’investissement engagé. On décida de laisser un satellite de surveillance, au cas où, et Dariba fut rapidement
oubliée. D’autant que d’autres planètes plus accueillantes et largement pourvues en nourriture, furent découvertes par la suite.
David s’était fait une spécialité de ce genre de planète. Il travaillait en free lance pour Galactic Pharma Inc., le laboratoire de la Confédération chargé de découvrir et de répertorier la biodiversité de la galaxie. Sa spécialité à lui c’était les végétaux.
« Répertorier ». Le mot le fit sourire. Plutôt débusquer la moindre espèce susceptible d’enrichir la banque de données
de G. Pharma. Une fois enregistrée, les chercheurs de G. Pharma avaient pour tâche de trouver les applications commerciales qui seraient vendues aux quarante sept milliards d’êtres humains
habitant les trois cent cinquante colonies mondes. Et d’enrichir les administrateurs.
La plupart des « ramasseurs » étaient des employés de G. Pharma qui se contentaient de débarquer sur un monde
nouvellement découvert, de prélever un échantillon de chaque espèce et de les envoyer en containers scellés aux différentes unités de recherche. David agissait seul. Il passait beaucoup de temps
dans les archives de la confédération et allait parfois enquêter auprès des coloniaux ou des autochtones, quand il en existait. Il faisait lui-même les premières analyses pour s’assurer que sa
découverte en valait vraiment la peine. S’il pensait avoir trouvé quelque chose d’intéressant, il vendait son invention à G. Pharma avec un dossier préliminaire, pour un prix modique, mais avec
un intéressement aux résultats. Dariba avait été un véritable jackpot.
Là-bas, il avait découvert une plante aux pouvoirs fascinants. Une plante capable de nourrir et de régénérer les cellules. Dès les travaux préliminaires, David avait tout de suite compris le formidable potentiel de cette plante. Il avait senti qu’il avait tiré le gros lot. Et la suite lui avait donné raison. Quelque soit son mode d’administration ou sa forme : liquide, gel, pilule, le principe actif du Jamambra, ainsi que l’appela G. Pharma, produisait des miracles. Les maladies de peau, comme les eczémas, disparaissaient tout simplement, les ulcères étaient guéris, les os se raffermissaient, ce qui n’était pas anodin pour tout ceux qui passaient beaucoup de temps dans l’espace. A son contact le développement de cellules cancéreuses était freiné, puis stoppé. Les chercheurs de G. Pharma n’arrêtaient pas de trouver de nouvelles applications et de nouveaux modes d’administration à ce produit qui semblait tomber du ciel. Beaucoup prirent l’habitude d’absorber les formes dérivées du Jamambra juste pour entretenir leur santé. Pour ne rien gâter, le Jamambra avait excellent goût. Il pouvait accompagner les plats comme assaisonnement, être une boisson fort agréable, une crème de massage délassante.
David en était là de ses réflexions, somnolant à demi, quand son bracelet intercom se mit à le biper. « Allons bon ! » dit-il à regret. « Une communication intersol ! » Il se leva et quitta à regret la plage. Il remonta les allées du complexe "Stupa 1", comme il l’avait officiellement baptisé, croisant andro-touristes et robs personnel qui s’affairaient autour du barbecue géant prévu pour le soir même.
Il pénétra dans son bureau et enclencha le système de communication. Une image tridi d’une blonde en bikini, aux seins pulpeux et aux fesses rebondies, s’afficha pendant qu’il prenait place dans un fauteuil de véritable cuir de vache terrienne. La blonde aux formes généreuses lui adressa un sourire et une voix aguicheuse se fit entendre : « Communication du Président de la Confédération Galactique. Prise tridi complète ou audio seul ? »
« Le Président ? Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ? » Il se leva, les yeux légèrement baissé, moins en signe de respect que pour éviter le regard du président et dit : « Tridi complète » d’une voix un peu nerveuse. La pulpeuse blonde disparue, remplacé par l’image d’un Adams Khan Issof, beaucoup moins sensuelle.
Adams Khan Issof était maintenant président de la Confédération Galactique depuis près de vingt années standards. C’était un être petit et chétif dont les yeux noirs toujours en mouvement vous mettaient mal à l’aise. La rumeur le voulait télépathe, mais sa faculté principale résidait dans sa connaissance de l’âme humaine et la façon de manipuler les gens pour arriver à ses fins. Il avait réussi à se faire nommer administrateur de G. Pharma dès le début de son mandat alors que les deux fonctions étaient normalement incompatibles.
« Monsieur le Président » dit David tendu.
« Oui, bonjour, bonjour. » fit Adams visiblement tendu et agacé. David remarqua que les yeux du président étaient plus rétrécis que d’ordinaire. Adams reprit aussitôt la parole : « Okone Stupa, je n’aurai qu’une seule question à vous poser. Où avez-vous trouvé le Jamambra ? »
La question déstabilisa un peu David, mais il se ressaisit rapidement : « Sur Dariba 4,5 U, du système Dariba !
- Vous en êtes sûr ? » insista Adams. David voyait de moins en moins où le président voulait en venir. « Bien sûr. Je travaille seul, toutes mes inventions sont soigneusement répertoriées et je fournis toujours un pré dossier à G. Pharma !
- Je sais tout cela ! J’ai votre pré rapport sous les yeux. Mais je voulais avoir une confirmation de vive voix.
- Je ne comprends pas, Monsieur le Président ?!
- Les Ichtones de Samorana 3 viennent de m’envoyer un plénipotentiaire pour m’informer qu’ils revendiquent la paternité du Jamambra ! »
David resta sans voix. Le président le sonda de ses petits yeux agressifs. Il s’adressa de nouveau à David : « J’ai fait affréter une navette et une escorte pour vous ramener sur Terra Secunda. Elle sera chez vous dans … » Le président baissa les yeux, au soulagement temporaire de David, « … dans trois heures standard. » « Soyez prêt à embarquer. » L’image du président disparut. Il avait coupé la communication.
David se laissa tomber dans le fauteuil. Son cerveau marchait à cent à l’heure. « Enfoirés d’Ichtones ! » ne put-il s’empêcher de crier.
Des cas comme celui-là étaient prévus dans les contrats qu’il signait avec G. Pharma. Si un inventeur se voyait contester sa découverte, il devait rembourser toutes ses rémunérations à titre conservatoire. Le temps pour la Cour Commerciale Galactique de statuer de manière définitive sur le cas. Et cela pouvait prendre un certain temps. David ne se voyait pas revendre son petit paradis parce qu’un peuple d’insectes hyménoptères, migrant et sans attache, réclamait la paternité d’une plante oubliée sur une planète stérile. Il ouvrit une bouteille d’eau de vie de Jamambra et s’en servi une bonne rasade. Ses mains tremblaient légèrement. Il contacta son avocat.
Deux jours plus tard, David se trouvait dans le bureau du président de la Confédération, en présence du secrétaire de celui-ci, Garibaldi Fendricks Anctine, du Directeur Général de G. Pharma, Rodriguez Brian Copernic, de la juriste du laboratoire, Aurore Mishima Tesla et de son propre avocat Salomon Oliver Szilard.
David avait connu Aurore lors de compétitions interuniversitaires. Ils avaient couché deux ou trois fois ensemble, mais ne s’étaient jamais revus depuis. David la trouvait toujours aussi séduisante avec ses cheveux frisés et ses yeux noisettes. Adams ouvrit la séance sans préambule : « Il paraît que les Ichtones ont marqué les plantes !
- Vous voulez dire qu’ils ont incisé les feuilles avec leurs petites mandibules ? » demanda, ironique, l’avocat de David. « Un peu de sérieux Oliver Szilard ! » lui intima Adams. « Mais voyons, Monsieur le Président, les Ichtones vivent en colonie, sans attache connue à part leur planète refuge de Samorana 3. Ils parcourent la galaxie à la recherche de nourriture qu’ils stockent dans leur vaisseau fourmilière et on ne les a jamais vu stationner sur une planète plus de trois mois standard !
- Je sais tout cela. Je sais aussi que suite à notre dernière victoire contre eux, nous les avons assignés à ne pas dépasser une zone de cinq billiards d’U.A. autour de Samorana. Mais ils disent que le Sassafatt, enfin notre Jamambra, est une plante sacrée que leurs dieux leur ont donnée dès l’origine. Elle est source de vie et de santé et ils en ont ensemencées toutes les planètes qu’ils ont visité pour ne jamais en manquer. »
David sourit. D’après le compte-rendu synthétique du traducteur, le terme exact utilisé par le plénipotentiaire était : « Alors que les étoiles ne nous tendaient pas encore les bras ! »
Le directeur de G. Pharma, Rodrigues Brian Copernic s’emporta : « Pour nous aussi, elle est source de vie et de santé ! Que veulent-ils ? Nous interdire de l’exploiter ? C’est trop tard. Nous avons déposé le brevet et le Jamambra nous appartient, de pleine propriété. Bien heureux que ce ne soit pas nous qui leurs réclamions des droits ! » Tous regardèrent la juriste. Aurore appuya la sortie du directeur d’un mouvement de menton souriant en direction de David. Apparemment, elle aussi se souvenait de leurs escapades estudiantines. Il eu envie de la prendre par la main et de sortir avec elle en laissant les autres s’occuper de ce problème.
Le président Adams reprit la parole : « Non, les Ichtones pensent qu’il existe suffisamment de Jamambra pour tous dans cette galaxie. Mais ils veulent un pourcentage sur le volume écoulé, quelque soit sa transformation ou sa forme. »
Un silence lourd et pesant envahit la pièce. Chacun se regardait, effarés. David se reprit le premier : « Il ne souhaite donc pas contester la propriété de G. Pharma, alors ? » L’approbation du président lui enleva un poids. Il allait pouvoir garder son petit paradis. Il se demanda si Aurore accepterait une invitation.
« Mais vous imaginez le manque à gagner si nous devions reverser des droits à ces mandibules ambulantes ? » s’exclama le directeur du laboratoire.
« C’est pour cela que je vous ai fait venir ici. Pour discuter cette proposition et en définir éventuellement les modalités. » répondit Adams.
« Ah ! Bah, ils sont gonflés les chitineux ! » ne pu s’empêcher de s’exclamer le directeur de G. Pharma. « Monsieur le Président, le marché du Jamambra représente des milliards de bénéfices pour votre gouvernement. Nous vendons ce produit sur les trois cent cinquante colonies officielles et nous organisons nous-même une partie du trafic sur les colonies pirates. »
Aurore porta la main à la bouche et toussota légèrement. Adams jeta un regard noir à Rodriguez Brian Copernic: « Je vous serai gré d’éviter de mentionner ce genres de choses ici ! De toutes les manières, vous pourriez augmenter le prix pour conserver vos marges.
- Et favoriser une contrebande sur laquelle nous n’aurions que peu de contrôle ? Trop risqué ! » conclua Brian Copernic.
David, détendu depuis qu’il avait appris qu’il conserverait ses biens, s’amusait de cette joute verbale entre les deux administrateurs de Galactic Pharma. Il se disait qu’avec leurs revenus, il pourrait s’offrir une dizaine de complexes "Stupa"…. Au bas mot.
Aurore intervint de sa voix douce mais ferme : « Même si les Ichtones présentent leur demande devant le CCG, celui-ci les déboutera. Dariba se trouve en dehors de leur zone autorisée. De plus la découverte du Jamambra est postérieure à leur exclusion de la zone.
- Mais la cour peut-elle se saisir d’elle-même ? » demanda Adams inquiet.
« En principe, oui, mais G. Pharma pourrait l’inciter à ne pas se prévaloir de ce droit. » répondit Aurore en regardant de nouveau David. Toujours aussi brillante, se dit-il, en lui rendant son sourire.
« Une telle demande n’est absolument pas fondée juridiquement et ne relève que de notre bon vouloir. » conclut-elle.
- La discussion est donc close ! » dit un Brian Copernic hilare.
Le président Adams frappa des mains sur les deux accoudoirs de son fauteuil et se leva. « Bien, puisque nous sommes tous d’accord, je vais immédiatement annoncer ma décision à l’ambassadeur Ichtone. Il attend avec un traducteur à l’étage en dessous. Voudriez-vous m’accompagner ? La présence de ces chitineux m’indispose. Particulièrement lorsque je suis seul. On ne sait jamais ce qu’il pense vraiment ! »
Ils comprirent que ce n’était pas une simple requête. Tous pensaient la même chose, mais ils suivirent le président, à regret
Dans la pièce les attendait l’Ichtone, assis de manière grotesque sur une chaise, les pattes rassemblées comme s’il se tournait les pouces. A l’entrée du président, il se leva sans trébucher, ce qui étonna David qui s’attendait à le voir chanceler. Droit sur deux pattes, il agita antennes et mandibules. Le traducteur électronique reçu une effluve de phéromones et actionna sa caméra qui enregistra les mouvements. Mouvements qui auraient semblé désordonnés à n’importe quel humain et qui produisaient des petits bruits agaçants. Une voix synthétique et impersonnel sortie du haut parleur du traducteur : « Très honoré de vous voir de nouveau, Monsieur le Président. » David entendit distinctement les majuscules. Le président Adams répondit : « Moi aussi, moi aussi. » Le ton de sa voix et la répétition des mots soulignaient sa tension. Le traducteur émit les phéromones qui convenaient et une image tridi d’un Ichtone apparue, agitant pattes et mandibules. Les yeux à facettes de l’hyménoptère semblaient suivre avec attention les mouvements qui lui étaient destinés. Puis, l’expression corporelle et les petits chuintements recommencèrent. La voix synthétique traduisit : « Votre niveau de phéromones m’indique que vous n’allez pas donner suite à notre requête.
- Foutu phéromones ! » grimaça Adams. Puis plus fort, il ajouta aussitôt : « Voilà. Vous avez tout compris. Pas la peine de s’éterniser ! » Le silence se fit presque, le temps de la traduction. « Vous m’en voyez navré. » répondit l’Ichtone. Le président et sa suite s’apprêtaient à prendre congé, sans autre forme de salutations, mais les bruits provenant des mandibules s’accélérèrent. Après un léger instant d’effroi, prêt à donner l’alarme, les humains se retournèrent vers le traducteur : « Permettez-moi encore un instant. Votre réponse négative m’autorise à vous donner communication de la seconde partie du message. » Les humains s’entre regardèrent, se demandant de quoi il retournait. Aurore demanda : « Il y avait deux messages ? » Le président Adams haussa les épaules d’un mouvement d’incompréhension totale. La voix synthétique continua : « Permettez-moi d’abord de vous rappeler que les Ichtones sont un peuple pacifique et que nous n’étions entré en conflit avec aucune entité vivant dans cette galaxie, avant votre rencontre. A votre contact, nous avons découvert des sentiments inconnus jusqu’alors. La peur, la méfiance, la colère et surtout un sentiment dont nous avons eu beaucoup de mal à en comprendre les ressorts : le profit. Nous étions un peuple nomade, vous nous avez obligé à nous sédentariser. Nous ne prenions jamais plus que nos besoins l’exigeaient, en respectant les cycles biologiques des planètes-ressources. Aujourd’hui, le peu de mondes-ressources que vous nous avez laissé sont en train de s’épuiser et ce, malgré une diminution importante du nombre d’individus de nos colonies. A terme cela signifie l’extinction de … »
Le président Adams commençait à donner des signes d’impatience face à ce discours larmoyant. Ils n’avaient qu’à se battre et à gagner la guerre, pensa-t-il. Ce serait eux qui disposeraient de la galaxie à leur convenance. Pas nous. Le président n’avait pas d’états d’âme. Il n’en avait pas les moyens. Enfin, façon de parler. Le marché que représentait les quarante sept milliards d’êtres humains comptaient plus pour lui que quelques colonies de chitineux pacifistes. Mais le synthétiseur continuait de traduire le monologue du plénipotentiaire Ichtone : « … occuper les planètes-ressources de manière permanente, nous empêchant de venir nous y approvisionner. L’idée à donc germé parmi nous de vous demander une contribution sur l’exploitation du Sassafatt afin de pouvoir par la suite vous racheter des mondes-ressources, procédant ainsi à votre façon. L’enrichissement étant un de vos moteurs principaux.
- Cela suffit » s’emporta le président Adams. « La réponse est non et nous n’y reviendrons pas.
- Alors je dois vous prévenir que votre refus entraînera votre perte. Ceci est la seconde partie du message que je me devais de vous délivrer.
- C’est une déclaration de guerre ? » cria le président Adams.
« Non. Je vous ai dit que nous étions un peuple pacifique. C’est le Sassafatt qui causera votre perte.
- Vous avez empoisonné le Jamambra … pour nous tuer ? » s’étrangla Brian Copernic, le directeur de G. Pharma.
« C’est plus compliqué que cela. » répondit l’Ichtone, en se tournant vers lui. « Ce sont vos manipulations pour produire et transformer le Sassafatt qui en a détérioré … » Le traducteur s’arrêta, semblant buter sur le choix de la traduction adéquate. « … le principe même.
- Le principe ? » répéta Adams.
« L’essence du Sassafatt est de protéger et de soigner. En le… » nouvelle hésitation du traducteur « … l’exploitant comme vous l’avez fait, vous en avez altéré l’essence et inversé son principe.
- Inversé son principe ? » répéta bêtement Rodriguez.
« De protecteur, son effet est devenu agresseur et au lieu de soigner, il vous rendra malade et à terme, vous tuera. De plus, vous avez négligé son aspect addictif.
- Il bluffe ! » s’exclama Rodriguez Brian Copernic, se tournant vers le président Adams. « Si le Jamambra avait représenté le moindre danger, nous l’aurions immédiatement détecté.
- Vos connaissances sont limitées dans ce domaine. Vous ne comprenez pas les principes qui animent cet univers. Vous niez l’entropie car vous ne supportez pas l’incertitude. Vos manipulations ont transformé le Sassafatt. Au lieu de régénérer vos cellules, il va en accentuer la dégénérescence. Vos besoins vont sans cesse augmenter et plus vous en prendrez, plus vous en accélèrerez le processus.
- Que proposez-vous ? » demanda le président Adams qui commençait à comprendre la démarche des Ichtones.
« Nous avons peut-être le moyen d’inverser le processus dégénératif. » répondit le plénipotentiaire.
« En échange de royalties ? » jura le directeur de G. Pharma.
« C’est le marché que nous vous proposons. » Tous se regardèrent dans un lourd silence.
« Le marquage ! » s’exclama David. Puis il regarda l’Ichtone droit dans les facettes : « Vous avez dit avoir marqué le Sassafatt ! » Des regards interloqués se portèrent sur lui. David prit une inspiration et se tourna vers le président Adams : « Ils ont marqué le Jamambra ! Ils ont modifié sa chaîne ADN pour empêcher toutes manipulations. » Puis ce retournant vers l’Ichtone : « C’est bien ça, n’est-ce pas ?
- Ce n’est pas tout à fait exact …
- Je dois considérer cela comme un acte de guerre ! » le coupa le président Adams. « A partir de cet instant, veuillez officiellement vous considérer comme notre prisonnier ! » Adams se dirigea vers la porte et appela les deux gardes qui se trouvaient de faction à l’extérieur.
« Monsieur le Président ! » continua le plénipotentiaire, « Ce marquage ne vous était pas spécialement destinés. Nos Anciens ont eux-mêmes fait des erreurs par le passé. Cette « précaution » fut prise il y a bien longtemps pour éviter à quiconque de commettre les mêmes erreurs. Avec le temps, nous avons appris à domestiquer le Sassafatt sans toucher à son essence. C’est pourquoi nous vous proposons de mettre fin à cette altération.
- Vous allez nous donner l’antidote où je vous promets que nous vous exterminerons tous jusqu’au dernier !
- Nous n’avons pas ce que vous appelez l’antidote. Mais nos chercheurs travaillent déjà sur le problème et nous serions prêts à coopérer avec vous pour aboutir à une solution satisfaisante.
- Cela ne change rien au problème ! » rétorqua le président. « Emmenez-le ! » ordonna-t-il aux gardes qui venaient d’entrer.
« Un instant, Monsieur le Président ! » s’exclama David. Il se tourna vers l’ichtone. : « J’ai découvert votre Sassafatt sur une planète du système Dariba. Les modifications dont vous parlez, vous les avez faites sur cette planète ?
- La planète que vous appelez Dariba est notre monde premier. Notre Terra Unica à nous, si vous voulez. Le Sassafatt a toujours composé notre alimentation principale. Comme nous devenions trop nombreux, nos Anciens ont modifié le Sassafatt pour augmenter sa production et sa résistance aux aléas climatiques. Ils ont également concentré ses effets bénéfiques pour en réduire la consommation par individu. Ainsi nous pûmes nourrir la population et les animaux d’élevage de notre planète. Mais le résultat fut désastreux. Les besoins devinrent sans cesse plus important sans que nous ne comprenions pourquoi. Toutes les terres disponibles furent affectées à la culture du Sassafatt. Nous installâmes même des champs sous la mer… Puis les animaux commencèrent à tomber malade, et à mourir. Certains d’entre nous disparaissaient avant même d’avoir atteint le Nachnouk, la cérémonie de passage à l’âge adulte. Nous dûmes quitter Dariba qui fut déclaré monde sanctuaire avec interdiction d’y retourner tant que le Sassafatt n’aura pas retrouvé son essence première. Ce qui prendra plusieurs milliers d’années encore. Nous remercions chaque jour Samorana de nous héberger dans cette attente.
- Vous n’êtes donc pas tous morts ? Vous avez survécu ? » fit un David plein d’espoir.
« Notre métabolisme s’est régénéré avec du Sassafatt pur que nous avions emmené lors de la Migration. Mais seul quelques milliers d’individus survécurent à la Grande Erreur !
- Mais comment se fait-il que l’on n’ait pas trouvé de Jamambra sur d’autres planètes ? » demanda le directeur de G. Pharma qui retrouvait ses esprits. « Le Sassafatt est une plante ordinaire. Seule sa consommation régulière sur plusieurs générations apporte un bénéfice substantiel. Le Sassafatt modifié de Dariba est le seul qui existe avec des pouvoirs aussi concentrés et aussi potentiellement dangereux. Le seul que vos connaissances ont pu exploiter. »
« Vous n’avez jamais eu l’intention de demander des royalties sur le commerce du Jamambra ? » demanda le président Adams, qui réalisait lui aussi la situation.
« Nous savions qu’introduire le profit dans notre demande la rendrait recevable à vos yeux. Sans cela, nous n’aurions jamais capté votre attention assez longtemps pour vous exposer le risque que vous courriez et l’aide que nous pouvons vous apporter.
- Emmenez moi ça ! » fit le président aux gardes dans un geste de dégoût. L’Ichtone fût menotté et emmené vers la prison centrale de la capitale. Bien qu’il continua à s’agiter, le traducteur électronique se trouvait trop éloigné pour exprimer ses protestations.
Le soir même, Adams Khan Issof, président de la Confédération Galactique, dans une allocution intersol, déclara les Ichtones criminels contre l’Humanité, prétextant l’attaque imaginaire d’une colonie. La flotte de guerre terrienne décolla dès le lendemain et alla anéantir Samorana 3. Les Ichtones survivants furent impitoyablement pourchassés et exécutés, jusqu’au dernier. Le plénipotentiaire Ichtone fut jugé par un tribunal spécial et condamné à mort par démembrement avant incinération.
Il fut convenu par les terriens, présents ce jour là, de ne rien révéler sur ce qui venait d’être dit. Rodriguez Brian Copernic et le président Adams Khan Issof commandèrent un rapport complémentaire top secret sur le Jamambra. Les résultats furent édifiants. A la lumière des travaux déjà effectués par les ichtones, les chercheurs de G. Pharma confirmèrent le caractère dégénératif et addictif du Jamambra. Les calculs les plus pessimistes prévoyaient que, dans trois ans au plus tard, les besoins en Jamambra seraient tels qu’il serait impossible de satisfaire aux besoins de la population des trois cent cinquante colonies. Bien sûr, les scientifiques terriens se mirent immédiatement au travail pour inverser le processus.
« Quelles en seront les conséquences sur le métabolisme humain. » avait demandé le président Adams. « Dessèchement des cellules et des tissus entraînant la mort par déshydratation. » avait répondu le secrétaire. « Alors ils ont intérêt à trouver une solution ! » gronda Adams. « Et vite ! »
Quand David eut connaissance de ces résultats, il demanda à Aurore de venir le rejoindre à "Stupa 1". Après quelques jours de réflexion, elle donna son congé à G. Pharma et vint le rejoindre sur son complexe, ce qui combla d’aise David.
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Allongé sur des transats, deux squelettes blanchis par le soleil se tenaient la main. Ils semblaient contempler l’immense plage de sable fin et la mer turquoise qu’une légère brise faisait onduler. Derrière eux, le formidable complexe hôtelier grouillait d’activité. Une centaine d’andro-touristes « Sun & Farniente » de cinquième génération, vaquaient à leurs occupations préprogrammées. Des robs personnel s’affairaient autour du barbecue géant prévu pour le soir même….
Tout droits réservés – 1er juillet 2009 – Fix-droit-dans-le-mur
Quelques morceaux de musique composés et joués par deux amis, que j'ai rencontré sur le net grâce à Pierre Dac, Francis Blanche et "Signé Furax"
. Ils composent depuis 15 ans et ont déjà fait plusieurs albums. Ils ne leurs manquent plus qu'un éditeur !!!
Ces extraits sont tirés de leur album
"Affaire Classée" (2004)
Si vous voulez leur écrire, c'est là +